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mercredi 21 février 2018

Le blanc et le noir

Iconoclaste et irrespectueux. Premier "parlant" de Raimu, premier film de Fernandel et Guitry au mieux de sa forme. Que demander de plus ? Voici une comédie du début des années 30, qui aurait pu être sympathique compte tenu de son concept, mais qui au final s’avère tout de même décevante. D’abord sur la forme on est proche du désastre. Mise en scène inexistante, tout en plan fixe, à mi-distance des personnages, aspect théâtral continuel avec aucun extérieur, sachant que les intérieurs ne sont pas non plus d’un grand soin, trop dépouillés qu’ils sont. Le blanc et le noir n’a franchement pas de relief visuellement, il n’y a pas d’efforts de fait, c’est du théâtre filmé tout simplement, et le générique qui se présente comme un livret de théâtre le laissait suggérer. La présence de Marc Allégret au générique justement, cinéaste franchement moyen, ne me surprend guère d’ailleurs. Si le film est donc décevant sur la forme, avec une musique peu enthousiasmante aussi , il se rattrape heureusement en partie sur ses acteurs. De très bons seconds rôles, notamment une Suzanne Dantès qui rend délicieusement piquante la première partie du film, et un Paul Pauley au personnage détestable à souhait, et des premiers rôles de qualité, interprété par de solides comédiens à la hauteur de l’enjeu. Raimu, Pauline Carton, André Alerme, voilà quelques noms qui parleront aux amateurs de films anciens, et ils tiennent bien leurs personnages, évitant, eux, à peu près l’écueil théâtralisant.


                 

A noter la petite présence de Fernandel, lequel n’a ici qu’un tout petit rôle, par le biais de deux scènes. Le scénario séduira surtout par sa démonstration très aigre des mœurs de la bourgeoisie du temps. Je ne souhaite pas rentrer ici dans les polémiques, je crois simplement que Guitry qui a écrit cette histoire cherchait à rendre compte des mœurs plus ou moins malsaines de ceux qui se jugeaient propres (et l’adultère par colère du début n’en est que le premier chainon). Le film est peut-être une comédie, mais c’est surtout un film très sombre, avec des personnages antipathiques, égoïstes pour la plupart, et la charge est sévère. C’est heureusement ce qui donne un peu de piquant à ce film, car la narration d’une grande platitude, le rythme très mou par moment (malgré un début sur les chapeaux de roue), peuvent facilement amener à décrocher.


               


Le tranchant du propos arrive un peu à maintenir l’attention. Pour ma part ce film n’a de mérite surtout que pour son propos, photographie aigre de certaines mœurs du temps, et pour son interprétation. Deux éléments qui sauvent ce métrage du désastre, sans toutefois pouvoir pleinement compenser le quelconque total de la forme, et la narration paresseuse.Film du début du cinéma parlant , il se présente comme une comédie façon piéce de théâtre avec peu de décor et une histoire façon veaudeville avec ses quiproquos habituelles mais un manque évident de rythme qui en déplaira a beaucoup. Comédie sans prétention de l'époque qui n'est pas vraiment intéréssante en soit, un film "grand public", comédie populaire française. Petite apparition de Fernandel en figurant qui prête à sourire.(http://www.allocine.fr/film/fichefilm-2787/critiques/spectateurs/)

Terreur aveugle (1971)

See No Evil (1971) - Solide artisan élevé au sein des studios hollywoodiens à l'époque de leur âge d'or, souvent injustement réduit à son statut d'habile technicien (ce qu'il était aussi, évidemment), Fleischer a su brillamment servir tous les genres en léguant à chaque fois à ces derniers des œuvres mémorables. En considérant l'ensemble de sa filmographie avec un recul analytique, une figure s'impose bel et bien à notre esprit de cinéphile toujours en quête (parfois exagérée) de cohérence thématique, c'est celle du Mal protéiforme insidieusement tapie dans notre société et à laquelle s'oppose de braves gens filmés dans leur plus simple expression gestuelle et fonctionnelle (souvent associée à leur profession). Très tôt intéressé par cette approche thématique mise en relief par des outils cinématographiques d'une redoutable précision, Richard Fleischer a ainsi fait ses premières armes dans le film noir et le thriller dès la fin des années 1940 et le début des années 50 - avec des films de plus en plus ingénieux, efficaces (et resserrés dans le temps) tels que Assassin sans visage, Armored Car Robbery, L'Énigme du Chicago Express ou Les Inconnus dans la ville - et il y est revenu à plusieurs reprises durant sa carrière. C'est le cas de Terreur aveugle, sorti en 1971.Ancien étudiant en médecine vivement intéressé par la psychiatrie avant de changer totalement de voie professionnelle, Fleischer a mis au service de son art cette obsession pour le mal enfoui dans les interstices de notre environnement et dans la psyché de personnages psychotiques qui s'y révèlent ou y puisent leur malignité. Après avoir étudié avec une grande méticulosité l'action d'un serial killer (ainsi que leur traque) dans deux sommets de sa carrière, L'Etrangleur de Boston (1968) puis L'Etrangleur de Rillington Place (1971), le cinéaste retrouve l'Angleterre avec Terreur aveugle. Ici, le tueur ne sera identifié qu'à la toute fin du film, auparavant il est principalement caractérisé par des plans de son corps et surtout de ses pieds chaussés de santiags, un motif visuel qui confine au fétichisme proche du giallo quand Fleischer s'en sert comme un gimmick narratif et les filme en travelling lors de ses déplacements latéraux ou dans la profondeur.


   

Le scénario, linéaire et plutôt rudimentaire en fin de compte, est signé par Brian Clemens, l'auteur de la fameuse série Chapeau Melon et Bottes de Cuir. Dans cette œuvre télévisuelle culte, l'étrange et l'absurde naissaient de situations classiques ; derrière les codes narratifs et les personnages britanniques stéréotypés se faisait jour un monde en complet décalage qui suscitait l'effroi et donnait l'impression que la réalité rassurante de notre société n'était qu'une illusion alors que des forces souterraines dangereuses s'échinaient à la submerger - heureusement, John Steed et ses diverses compagnes mettaient en échec ces projets funestes. A cet égard, la relative simplicité du script de Terreur aveugle peut donc se comprendre comme la mise en exergue d'une menace non clairement identifiable mais inscrite dans le quotidien le plus banal, et qui peut surgir à tout moment pour éclater dans une manifestation de violence sauvage.Pour appuyer ce propos, Clemens et Fleischer insistent sur le caractère pulsionnel de cette inhumanité sous-jacente de la société dans son ensemble en montrant le tueur passer devant des téléviseurs diffusant un film criminel puis un marchand d'armes, ou encore consulter un magazine érotique dans un bar où danse lascivement une jeunesse désinvolte. Le procédé peut paraître très facile ou caricatural, surtout de nos jours, mais il reste efficace dans ce contexte du début des années 1970. La violence n'est ainsi pas seulement attribuable à un tueur bien défini (d'autant qu'il reste anonyme pendant 95 % du temps) mais aussi à une société toute entière.




Cette approche se retrouve également dans le conflit de classes qui est évoqué ici entre la bourgeoisie anglaise et les gens du voyage, chez qui le récit se charge de fournir aux spectateurs le premier suspect évident. Heureusement, l'intelligence des auteurs en fera une fausse piste et le film ne renoncera jamais à son propos initial : ainsi, si la révélation de l'identité du tueur a pu décevoir beaucoup de spectateurs par son manque d'incarnation, elle se révèle pourtant logique puisqu'elle valide l'idée que la violence n'a pas une origine exotique - et donc d'une certaine façon rassurante - mais se niche bel et bien au sein de notre proche communauté sujette à des dérèglement psychiques difficiles à appréhender. Le dernier plan du film, très inquiétant, sur les villageois rassemblés derrière la grille de la propriété, avec leur regard avide de spectacle morbide, confirme cette approche peu optimiste pour l'humanité. Cette conclusion "voyeuriste" ferme intelligemment la boucle lorsqu'on se souvient que l'ouverture du film montrait l'assassin sortir d'un cinéma projetant un thriller en compagnie de spectateurs ; par un effet de projection le mal se voit donc propulsé de la fiction vers la réalité pour des personnes (ces spectateurs sortant de la salle comme les spectateurs du film de Fleischer) en attente de sensations fortes et dangereuses. Terreur aveugle partage donc en partie la vision sociétale de l'ultra violence exprimée par Les Chiens de paille, l'une des œuvres maîtresses de Sam Peckinpah sortie la même année, mais il s'en démarque nettement par une ambition plus mesurée dans ce domaine et surtout par une épure stylistique et une expérience organique.(http://www.dvdclassik.com/critique/terreur-aveugle-fleischer)